Ce matin je me suis senti cocu (1).
C'est pas vraiment que ce soit un sentiment nouveau ni, j'imagine, spécifique à moi, mais c'est tout de même pas le grand panard bleu de le ressentir. En ce moment je suis un peu blasé, un peu maussade aussi, c'est parce qu'en ce moment, tu vois, c'est lundi. Ceci étant je vais pas jouer les chialeuses, rassure-toi, le lundi a ça de bien qu'il arrive quasiment à tout le monde en même temps. Je vais pluôt essayer de t'expliquer où j'en suis (2).
Je suis un mec de gauche, je n'en fais aucun mystère, je suis aussi un mec plutôt libertaire.
Aprés un certain nombres d'années à gamberger sur la politique je pensais avoir aussi atteint une sorte de maturité. Un truc qui fait que je ne confonds plus compromis et compromissions (3). Un truc qui fait que j'arrive à concilier un peu de réalisme (4) avec le fameux "soyons réalistes, demandons l'impossible". Je ne suis pas peu fier non plus d'avoir, malgré mon âge adulte, gardé beaucoup de mon idéalisme sans avoir cédé trop aux syrènes du cynisme (5). Il m'est arrivé de m'investir, d'aller dans des manifs, de me bouger le cul à ma façon sans pour autant être persuadé d'être indispensable. Il m'est aussi arrivé d'avoir de grosses crises de fainéantise, de laisser aller, d'égoïsme (6) mais depuis ce jour où j'ai claqué la porte de la fédération anarchiste(7) pour m'être aperçu qu'il n'y avait pas moins de Stal(8) là bas qu'au PC je suis heureux de te dire que je n'ai quasiment pas manqué un vote (9). C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup (10).
Bref. Comme tout le monde (11) j'ai eu des sympathie dans, et pour la LCR. D'accord, tu peux leur reprocher ce que tu veux, c'est pas la question. La question c'est que quand ils se mettent à faire bande à deux avec L.o. je peux pas m'empécher de me sentir cocu...
Il faut vraiment que j'explique pourquoi ?
(1) Politiquement s'entend.
(2) Politiquement s'entend.
(3) Les compromis c'est bien, les compromissions c'est mal.
(4) Qui fait que je pense à la vie des gens, derrière, assez souvent.
(5) Je sais bien que le cynisme, surtout en politique, te donne l'air d'être plus malin mais c'est des conneries, évidemment. Le cynisme est juste un raccourci un peu facile vers la connerie sûre d'elle même, la plupart du temps en tout cas. Moi j'ai fait mienne cette maxime : "Il est bien plus difficile d'être idéaliste que d'être cynique".
(6) Non sans honte mais enfin.
(7) Je peux pas dire que j'y sois resté longtemps, pour être tout à fait honnête.
(8) Le terme de "Stal" ici, nécéssite une explication. On n'appelle pas à proprement parler, "Stal" tous les Staliniens mais plutôt ceux qui, dans un parti ou une organisation politique (plutôt ancrée dans le progressisme) font preuve de sectarisme borné.
(9) Je suis libertaire, je ne suis pas une moule. Du temps ou j'ai trainé un peu à la Fédé Anar, le slogan à la mode c'était "Agir au lieu d'élire". Ca m'a toujours fait marrer compte tenu du fait que les derniers anars que j'ai vu agir et qui, donc, conservent mon grand respect, ce sont les gus de la CNT en 36 à Barcelone. Et va leur demander aux vieux anars de 36 si ils défendaient pas un gouvernement démocratiquement élu qui avait été renversé par un vieux fasciste jaunâtre.
(10) Non je ne joue pas de piano debout, si le progrés dans les groupes de rock c'est de supprimer le tabouret au pianiste ( comprendre clavier ), où va t on ? (Le premier qui trouve la référence gagne toute mone estime et le droit de me payer un verre en me tapant dans le dos et en m'appelant "mon pote".)
(11) Ou peu s'en faut. Bon d'accord, pas toi. C'est pas grave si on est pas pareil non plus, faut pas déconner.

