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Autobahn city

C'est un peu le rituel des retours, on charge la caisse du Poulpe, on fume une dernière clope dans le froid glacial du petit matin (1) , et on décolle.
D'habitude je suis à l'avant à côté du Poulpe et j'assure le poste du bavard. Celui qui cause jusqu'a Paname pour pas que le chauffeur pique du nez. Ca me dérange pas je dois dire, on a toujours des choses à se raconter quand on revient d'un G.N. ou même d'un semi ou d'une soirée. Des commentaires à faire sur ce qui s'est passé, ce qui a eu lieu, sur les mêmes qui récriminent toujours. Des conneries, quoi.
J'assure en pilote automatique, même. Il est arrivé que je ne me rappelle plus de ce que j'avais raconté cinq minutes aprés l'avoir raconté. Bon.
Cette fois-ci je suis à l'arrière pour cause de Phô. Phô c'est un motard, un vrai sauf que là il a pas sa moto. Mais bon faut caser sa grande carcasse et c'est pas du tout cuit à l'arrière, entre quatre épées et un gros bouclier.
A l'arrière, donc, il y a Inel et moi. Sauf qu'Inel s'endort au bout de deux minutes et donc, on ne peut plus vraiment dire qu'elle y soit.
Phô et Poulpe causent ensembles et ça m'arrange bien, pas que je soit du genre a laisser tomber, mais pour une fois je lutte contre mes paupières qui font du closing. J'ai pris un an et je le sens. Au bout d'une petite demi heure j'arrive a regarder l'autoroute sans loucher de fatigue.
On s'arrête a une station qui est en train d'ouvrir pour faire un peu d'essence et Phô et moi on s'en fume une petite, il caille des meules.
Même si je suis naze, complètement naze, je me sens bien, complètement bien. Le G.N. ça cumule plein d'avantages, mais le moins négligeable c'ets que ça te vide putain, ça te vide absolument. Quand tu rentres chez toi tu te sens comme un tube de lait concentré qui a été replié 25 fois sur lui même, et ce n'est pas nécessairement une sensation désagréable.
Vers 6 heures on aborde le périph'. Il fait encore nuit mais on sent que ça ne saurait tarder à se lever. On double des voitures qui vont dans tous les sens, et je dois dire que je me sens profondément rêveur. D'abord je suis un indécrottable romantique et quelque part au fond de moi, vibre la fibre du Road Movie. Regarder des voitures rouler sur le périph' dans la nuit ça me fait me sentir comme le héros du Petit bleu de la côté Ouest (2). Ca me donne envie de partir pour nulle part en plein milieu de la nuit. Ou de faire des tours de periph' sans fin, juste pour devenir un satellite.
Et puis on rentre dans Paris, et les premiers magasins sont en train d'ouvrir dans les rues. Le Poulpe me largue pas loin de chez moi, je récupère mon sec et mes affaires. Salut tout l'monde. A la prochaine.
Je hume un grand coup l'odeur du printemps qui commence a s'imposer et je caresse l'idée d'aller prendre un p'tit déj' au comptoir du troquet du coin avant d'aller dormir. Mais rien à faire, il faut profiter de la nuit pour s'endormir, je ne supporte pas les gazouillis des piafs quand je me couche, ça m'a toujours déprimé.
Au moment de m'endormir, dans mes derniers instants de lucidité, j'arrive même a faire le vide quasi-complet dans mon esprit, et rien que pour ça, aucun instant ne fut perdu.

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(1) J'ai abdiqué momentanément mais dans une semaine je rempile. Disons que c'est une parenthèse dans ma nouvelle vie d'ex-fumeur.
(2) "Le petit bleu de la côte Ouest". De Jean Patrick Manchette à la série noire. Hautement recommandé par ton serviteur.

Ecrit par Taupe, le Jeudi 15 Avril 2004, 10:59 dans la rubrique Genèse.

Commentaires :

Kobal2
16-04-04 à 01:32

Ooooh

Je me disais bien que j'oubliais un truc depuis 6 mois, moi. Te payer une bière à ce sujet.

Bon, j'ai fini de bosser à tout jamais et j'ai quelque pécune (un SMIC pour 5 mois de taf, normal), ton jour, ton heure, ton lieu ?