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Battisti, encore.

De vibrillonnantes polémiques ayant été déclenchées partout , un mien lecteur ayant par dessus le marché jugé bon de me copier-coller une bafouille de Barbara Spinelli parue dans le monde ( qui continue, entre parenthèse, sa belle campagne de désinformation) et le cas commençant à devenir gravissime, voire même effrayant, je me sens tenu de rapidement essayer de balayer les idées reçues sur le sujet.

Avant toute chose j'aimerais encourager mes lecteurs qui pensent scandaleuse la décision de justice soutenue -voire fortement influencée- par l'Etat français d'extrader Cesare Battisti dans un pays où désormais il risque une peine de prison à perpétuité sans nouveau procés  à aller signer la pétition de soutien à Battisti à cette adresse. Ca ne coûte pas grand chose quand on songe que lui risque de finir sa vie en taule.

Pour continuer j'aimerai répondre tranquillement a quelques arguments que l'on m'assène trés souvent sur le sujet. Une bonne fois pour toute.

Premier argument (je me permet de condenser et de schématiser un poil) : Cesare Battisti est un ancien terroriste. D'une manière générale tous les gauchos italiens des années 70 étaient des terroristes

Je voudrais deja suggérer à l'auteur de ce genre d'argument de se renseigner sérieusement et attentivement sur la période dite des "années de plombs" en Italie. Cette période qui dura de 1969 à 1989 peut-être assimilée à une gerre civile de faible intensité.
Elle a effectivement été extrèmement féconde en attentats. De fait, une grande partie de ces attentats furent commandité par la droite et l'extrême droite dans le but de destabiliser suffisamment le système pour créer une ambiance propice à un coup d'état. Le but final et avoué étant d'empécher un gouvernement communiste de s'installer en Italie(1). 
Dans ce climat d'urgence  et face à une conquête electorale impossible , la gauche extra-parlementaire se mobilisa à son tour contre un Etat partiellement responsable mais trés largement complice d'une série de massacre.
Parmi ceux-ci, celui de la Piazza Fontana(12 décembre 69 - 16 morts, 88 blessés, sans compter les assasinats collatéraux pour faire taire les témoins, les juges, les policiers etc). qui fut le véritable élément déclencheur de la réaction de la gauche extra parlementaire, laquelle décida de prendre les armes contre un Etat qu'elle jugeait responsable d'une situation politico sociale insoutenable dans le pays. Parmis les dirigeant et les penseurs de la droite et de l'extrême droite d'alors, on trouve les membres de la fameuse loge P2 (P2 pour Propagande2)  regroupée autour du "Plan de Renaissance Democratique" : un projet de coup d'état "en douceur" afin de placer au pouvoir une sorte de République autoritaire. Parmi les 963 frères affiliés à la loge (déclarée illégale vers la moitié des années 80) jusqu'ici découverts figurent Sylvio Berlusconi, son ministre de l'intérieur Giuseppe Pisanu, et pas mal d'autres représentants du gouvernement italien aussi en charge. Voila pour relativiser sur l'amalgame facile : gauchiste italien des années 70= terroriste.

Deuxième argument :En tout cas Cesare Battisti est un meurtrier.

Rien n'est prouvé. Et en France, lorsque rien n'est prouvé, l'accusé est présumé innocent. J'irais même plus loin en disant que rien n'est prouvé et que les bases sur lesquelles Battisti a été condamné sont largement douteuses. Résumons brièvement :
Cesare Battisti est devenu membre en 1977 de l'un des trés nombreux petits groupes armés d'extrême gauche (cf premier argument), les PAC ( prolétaires armés pour le communisme ). Il finit en prison avec ses camarade en 1979 et s'en évade le 4 octobre 1981.
Lors de sa première arrestation en juin 1979, il n'existe pas la moindre preuve matérielle et pas même le début d'un commencement d'indice contre Cesare Battisti. Preuve en est que le Cour ne peut le condamner pour aucune exaction en 1981 mais à la seule appartenance aux PAC ce qui lui vaut une peine d'emprisonnement de 12 ans et 10 mois. C'est avec l'apparition tardive de Pietro Mutiti ( Un des fondateurs des PAC dont il fut membre jusqu'a la dissolution du groupe début 79) que débute un nouveau procés. Celui-ci se déroule en l'absence de Battisti. C'est sur les seules paroles de "repentis" comme Mutti, d'hommes torturés  comme Sisinio Bitti ou de "dissociés", que Battisti est alors accusé d'avoir commis la totalité des actes des PAC - une soixantaine de braquages et 4 homicides- sans aucune preuve irréfutable, et qu'il est condamné par contumace à une peine de prison à vie.
Cette condamnation est donc essentiellement due au témoignage de Pietro Mutti (preuve principale de l'accusation). ce témoignage a été obtenu par la négociation de la liberté de Mutti en échange du nom de Battisti.  Quid des certitudes comme quoi Battisti serait un assassin ? Elles chancellent tout d'un coup largement (2).

Troisième argument : La France doit extrader Cesare Battisti car c'est à l'Italie de le juger.

Et en vertu de quoi ?
Il n'y a aucune certitude ( en tout cas aucune des certitudes assénées) qu'il soit coupable de ce dont on l'accuse et pourtant l'extrader c'est le condmaner.
L'Italie a déja jugé Battisti - dans des circonstance plutot douteuses, rappelons le- et il y est désormais condamné à une peine de prison à vie. La loi Italienne, contrairement à la loi française, ne prévoit pas de recours à un nouveau procés aprés un jugement par contumace, de sorte que Cesare BAttisti est extradé il sera immédietement emprisonné à perpétuité. C'est donc bel et bien de la vie de Cesare Battisti qu'il s'agit et à travers elle de celle de centaine d'hommes et femmes auxquels la France a donné asile. Il est curieux que cette affaire ressurgisse alors que les affaires de Sylvio Berlusconi connaissent quelques ennuis.

Quatrième argument : La France n'a jamais promis de ne pas extrader Cesare Battisti.

Et bien si, justement. En 1985, le président François Mitterrand énonça sa fameuse Doctrine et ouvrit les portes du pays aux réfugiés italiens ayant rompus avec toute forme de violence politique, "estimant que les lois spéciales adoptées de l'autre côté des Alpes lors des vagues terroristes [...] allaient à l'encontre de la  conception fran,çaise du droit". En octobre 1990 Cesare Battisti arriva dans notre pays  pour se présenter devant la justice.  Le 29 mai 1991, la Cour d'Appel de Paris le déclara par deux arrêts non extradable.

Cesare Battisti a pourtant été arrêté le 10 février 2004 par des policiers de la Direction Nationale Anti-Terroriste sur le faux pretexte fabriqué d'une plainte de voisinage et de "menaces de mort envers un voisin". Cette version première du motif de l'arrestation fut confirmée dans la presse et la télévision par le Garde des Sceaux Dominique Perben. ce mensonge d'Etat avait pour fonction de laisser croire que l'arrestation de BAttisti était un fait du hasard et non pas une opération programmée. Sitot ce mensonge éventé il fut rapidement classé sans suite.

Cinquième argument : Condamner Battisti, c'est juste et il le mérite.

C'est juste ? Juste en vertu de quoi ? Il n'y a jamais eu la moindre preuve que Battisti soit le meurtrier qu'on s'acharne à décrire.
Est il juste que les auteurs présumés de la Piazza Fontana eux, furent acquittés par la justice italienne au motif qu'ils avaient été accusés sur la parole de repentis ?
Est-il juste que Sylvio Berlusconi et une grande partie des membres de son gouvernement ne furent jamais inquiétés ?
Enfin puisqu'on parle de justice française et de terrorisme, faut il rappeler que la France a accordé l'amnistie aux putschistes de la guerre d'Algérie et de l'OAS  dont les attentats, les massacres civils et les tortures sont désormais ( et étaient à l'époque) forts connus..

Je n'aime pas, et de moins en moins l'idées que les cyniques puissent continuer à gagner. Je veux que Berluconi, Perben et consort essuient un cuisant échec sur ce qu'ils considèrent désormais comme un combat gagné et surtout, je veux que Battisti s'en sorte.
Appelle moi naïf  mais je refuse de me résigner.

___________________________________________________________________________
(1) Figurez-vous que même la C.I.A a trempé la dedans. Nonnn ? Si si. En décembre 1975, lorsque Colby, ancien directeur de la CIA reconnut que la CIA avait menée un opération secrète destinée à modifier le cours des évènements politiques en italie en faveur de l'anticommunisme, Georges Bush (Père - le nouveau directeur) ajouta : "D'autres évènements de ce type ne sont pas exclus si les exigences de sécurité des Etats unis le demandent".
(2) Il suffit de se tenir un peu informé pour se rendre compte que malgré tout cela, la presque totalité de la presse italienne et française n'a pas remis en doute la validité de ces accusation et les a présentées comme "certaines".

 

Ecrit par Taupe, le Vendredi 9 Juillet 2004, 13:49 dans la rubrique Genèse.

Commentaires :

toto
12-07-04 à 09:02

Pourquoi?

Pourquoi lorsque c'est Barbara Spinelli - une italienne, qui a vécu cette période des années de plomb en direct - qui écrit, le texte constitue-t-il de la désinformation? Et pas lorsque c'est par exemple, Fred Vargas, une militante d'extrême-gauche Française convaincue, qui n'a rien traversé de cette période mais prétend, en un mois, faire l'analyse de cette phase de l'histoire de l'Italie et dédouaner Battisti? Ou quand il s'agit de frères d'armes de Battisti, eux-mêmes exilés ou liés à des exilés et qu'on ne pourra forcément pas taxer d'objectivité?

Comment prendre au sérieux les allégations de Fred Vargas et Claude Mesplède, je crois, dans l'Humanité, hurlant à la campagne de désinformation massive de la droite - à laquelle ils prétendent répliquer - alors que ce sont des gens en vue et en cour, issus de la gauche française dans son ensemble, intellectuelle et politique, qui, depuis le début de cette histoire, nous rebattent les oreilles du cas Battisti? Et peuvent le faire d'ailleurs, parce qu'ils ont accès aux médias. Si désinformation il y a, elle émane surtout d'eux.

Où donc se trouve cette littérature de la vérité sur les années de plomb dont tu nous parles dans toutes tes diatribes? Des références, que nous puissions juger de sa vérité et de son intégrité.

Ensuite, tu as tort à propos de la doctrine Mitterrand: elle excluait, par principe et dès le départ, toute personne impliquée ou soupçonnée d'être impliquée dans des "crimes de sang". Même Kouchner l'a rappelé. Battisti rentre dans cette catégorie. La "parole" de "l'état français" (Surtout celle de Mitterrand. Aucun vote parlementaire - engageant donc la parole du peuple français - n'est venu sanctionner cette doctrine. Tu m'excuseras de ne pas forcément avoir envie de suivre les avis de ce brave Tonton, défenseur de Papon et Bousquet et soutien du Maréchal Pétain pendant l'occupation. Ah, la belle doctrine que voilà!) ne le concerne donc pas.

Que vient faire la loge P2 dans l'affaire Battisti? Le fait que des personnes aient commis des attentats justifie-t-il ou excuse-t-il les attentats des autres? Dans quel genre de société souhaites-tu vivre? Dans une société où la règle est le Talion: à chaque attentat, tous ceux qui se sentiront lésés pourront recourir aux mêmes méthodes? Ou bien faut-il essayer de mettre en place un pouvoir régalien, certes imparfait, la justice, chargé des sanctions et des réparation? En dehors si possible de tout contexte passionnel?

Jusqu'à nouvel ordre Battisti a été jugé en Italie (un pays dont le système judiciaire a été reconnu par la Cour Européenne des droits de l'homme), en présence de ses représentants légaux, et il a été reconnu coupable à trois reprises (1ère instance, appel et cassation) des chefs d'inculpations dont il était accusé. Il n'a rien à faire en France où nous avons beaucoup de saleté à balayer avant de prétendre aller balayer celle des autres. Ainsi, je ne vois pas beaucoup de ces intellectuels, qui hurlent à l'injustice dans le cas de Battisti, se mobiliser après ce qui s'est passé à Outreau ou encore après la démonstration des failles d'un système judiciaire qui a laissé un Bodein ou un Fourniret en liberté. Ces exemples seraient-ils moins dignes d'intérêt, moins partisans, moins romantiques?

 
X
20-07-04 à 11:40

Re: Pourquoi?

Pourquoi lorsque c'est Barbara Spinelli - une italienne, qui a vécu cette période des années de plomb en direct - qui écrit, le texte constitue-t-il de la désinformation? Et pas lorsque c'est par exemple, Fred Vargas, une militante d'extrême-gauche Française convaincue, qui n'a rien traversé de cette période mais prétend, en un mois, faire l'analyse de cette phase de l'histoire de l'Italie et dédouaner Battisti? Ou quand il s'agit de frères d'armes de Battisti, eux-mêmes exilés ou liés à des exilés et qu'on ne pourra forcément pas taxer d'objectivité?

a) Fred Vargas n'est pas une militante d'extrème gauche. Elle croit au respect de certains droits élémentaires ,elle tente de rétablir une injustice , elle s'indigne que l'état français trahisse sa parole mais cela ne suffit pas à faire d'elle un militante d'extrème gauche. Ni même à être d'extrème gauche. Par exemple ça va te scier mais tous ceux qui sont contre l'extradition de Battisti ne sont pas d'extrème gauche.

b) Pour répondre a ta question Fred Vargas est historienne de formation. Barbara Spinelli est italienne, soit mais cela ne suffit pas a faire d'elle une experte es "années de plombs". Par exemple moi je suis français et j'y connais que dalle aux merovingiens. Et j'ai beau avoir vécu les réformes Devaquet, je ne prétend pas les connaitre ni meme pouvoir les analyser en détail.

c)Il ne s'agit pas de "dédouaner Battisti", mais d'éviter qu'il soit emprisonné à vie alors que sa culpabilité n'est pas avérée et même largement douteuse. Personnellement je suis du genre : quand il y a un doute je préfère qu'on acquitte plutot que de foutre un innocent en prison.

d) Frères d'armes, tout de suite les grands mots. Et aprés on va me traiter de romantique.

 Comment prendre au sérieux les allégations de Fred Vargas et Claude Mesplède, je crois, dans l'Humanité, hurlant à la campagne de désinformation massive de la droite - à laquelle ils prétendent répliquer - alors que ce sont des gens en vue et en cour, issus de la gauche française dans son ensemble, intellectuelle et politique, qui, depuis le début de cette histoire, nous rebattent les oreilles du cas Battisti? Et peuvent le faire d'ailleurs, parce qu'ils ont accès aux médias. Si désinformation il y a, elle émane surtout d'eux

 Comment te prendre au serieux alors que tu commence par "je crois" ce qui indique déja que tes sources sont douteuses. On peut tout a fait prendre au serieux C. Mesplède et Fred Vargas pour les raisons qu'ils argumentent avec des mots, soit mais également avec des documents, aisément consultables d'ailleurs. A la différence de la meute de journaux qui s'est acharnée a faire de ce débat un débat d'opinion largement douteux. Pour ton argument sur "les gens issus de la gauche françaises", je vais l'ignorer je le trouve assez mesquin et pitoyable. 
Je te conseille cependant de relire la liste des derniers signataires de la petition pour la non extradition de Battisti. Aussi étonnant soit il, il y a des apolitiques , des neutres et même quelques centristes. A moins que tout ce qui soit a gauche de l'ump soit, pour toi, "les gens issus de la gauche française"

Où donc se trouve cette littérature de la vérité sur les années de plomb dont tu nous parles dans toutes tes diatribes? Des références, que nous puissions juger de sa vérité et de son intégrité

Ou donc se trouve tes sources à toi camarade ? Je vais être gentil je vais t'en laisser une, de référence, elle fourmille de toutes les autres. Je suis certain que tu ne prendras pas la peine de la lire ni de vérifier les dates, les articles et les documents sur lesquels elle s'appuie ceci dit : "La vérité sur Cesare Battisti" de Fred Vargas editions viviane hamy.