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Cut up et un peu de branlette
--> ne faut il pas se défier des symboles ?
"En fait, bien que je sache pertinemment que j'aurais du faire cela au lieu de ne pas le faire, j'ai vingt-sept ans, bon Dieu, et c'est ainsi que, euh, que les choses se présentent dans un bar ou dans une boîte, à New-York, et partout, peut-être, en cette fin de siècle, et c'est ainsi que les gens, tu vois, les gens comme moi se comportent, et voilà ce que signifie pour moi être Patrick, enfin, c'est ce que je pense, et donc, voilà, hein, euh ..." Suit un soupir, un léger hochement d'épaules, un autre soupir. Et au dessus d'une des portes, masquées par des tentures de velours rouge, il y a un panneau, et sur ce panneau, en lettres assorties à la couleur des tentures, est écrit : SANS ISSUE ." (1)

"J'étais une vieille pute , vautrée sur un lit sale, enroulée dans des draps puant la sueur, et je chantais.
J'étais une vieille pute qui, fatiguée du monde et rendue cynique par les hommes, cherchait pourtant encore un soupçon de beauté, d'amour, ou, est-ce que je sais moi, de solidarité ?
Oui, vraiment j'étais las cet après midi là, tout autour de moi aurait pu s'écrouler, je n'aurais pas bougé, j'aurais continué mon chant tragique.
J'étais une vieille pute qui faisait des efforts pour ne pas être triste et je sentais dans je ne sais quel recoin de mes chairs une veine qui battait au rythme de mon coeur et frissonnait d'une incompréhensible excitation.
Peut-être que je n'étais pas vraiment malheureux, et peut-être que je pouvais encore trouver assez d'énergie, entre les quatre murs pisseux où je me lamentais, pour être gai, d'une joie dramatique.
Mais j'étais une vieille pute que la rue avait rendue cynique, et la joie, l'espoir, la vie, je les balayais de mon réalisme.
Je coulais de l'eau froide dans mon sang pour y éteindre la musique, et je me recouchais-
J'étais une vieille pute dont l'apathie et, peut-être le desespoir étaient les seules caractéristiques, et dehors un soleil attendait d'enflammer la Terre et puis, la découper." (2)

"C’est de la prison que j’t’écris mon pauv’ Polyte
Hier je ne sais pas c’qui m’a pris
A la visite
C’est des maladies qui se voient pas
Quand ça s’déclare
N’empêche qu’aujourd’hui j’suis dans l’tas
A Saint-Lazare

Mais pendant c’temps là toi vieux chien
Quequ’tu vas faire
Je n’peux t’envoyer rien de rien
C’est la misère
Ici tout l’monde est décavé
la braise est rare
Faut 3 mois pour faire un linvé
A Saint-Lazare

Bref de t’savoir comme ca sans l’sous
J’me fais une bile
T’es capable de faire un sale coup
J’suis pas tranquille
T’as trop d’fierté pour ramasser
Des bouts d’cigares
Pendant tout l’temps que j’va passer
A Saint-Lazare

Vas t’en trouver la grande Nana
Dis que j’la prie
D’casquer pour moi j’y rendrai ça
A ma sortie
Surtout n’y fait pas d’boniment
Pendant qu’je marne
Et que j’bois des médicaments
A Saint-Lazare

Et puis mon p’tit loup bois pas trop
Tu sais qu’t’es teigne
Et que quand t’as un p’tit coup d’sirop
Tu fous la beigne
Si tu t’faisais coffrer un soir
Dans une bagarre
Y a plus personne qui viendrait m’voir
A Saint-Lazare

J’finis ma lettre en t’embrassant
Adieu mon homme
Malgré qu’tu soyes pas caressant
Ben j’t’adore comme
J’adorais l’bon dieu comme papa
Quand j’étais p’tite
Et qu’j’allais communier a
Sainte-Marguerite" (3)




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(1) A lire bien évidemment, en parallèle d'"Un tueur sur la route".
(2) In "flamenco".
(3) "A saint Lazare" Aristide bruant.
Ecrit par Taupe, le Mercredi 18 Février 2004, 23:29 dans la rubrique Genèse.