Des nouvelles des gens qui attendent (II)
--> ou : quand j'étais petit, j'étais un jedi.
Le serveur qui doute de rien m'a balancé avec mépris trois bouts de sucre jaunâtres à côté de la tasse de café qu'il vient de servir. Je claque légèrement la langue pour le rappeler à l'ordre mais l'enflure à plateau se contente de me regarder avec des yeux de poisson mort avant de tourner les talons.
" Un café à cette heure, qu'il m'a dit, vous allez pas dormir !"
L'était pas jouasse que je commande la moins chère des consos le loufiat, comme s'il touchait son pourcentage sur les commandes. Ou alors c'est qu'il est simplement grognon de taffer encore à une plombe du mat'.
Je balance la petite cuillère dans la tasse d'un geste dégagé, et puis je touille lentement en jetant un regard panoramique sur la salle envappé de smog cancérigêne.
On se croirait chez madame Claude si ce n'est les allez et retour de la faune locale vers le zinc et les baratinages pseudo-intellos.
Je triangule mon regard sur le zinc où s'accoudent toute sorte de corbeaux des comptoirs et je tente de faire le vide dans mon esprit en ne réussissant qu'à provoquer une exsudation gratinée sur mon front.
Le serveur repasse devant moi pour aller servir le couple du fond en affectant d'ignorer mes signes. Le début de migraine plus les provocations ça fait un peu trop, pépère. Je deviens légèrement hargneux.
Lorsque le plateau à patte passe à portée d'abordage je lui aggrippe le poignet, le déséquilibrant dangereusement. Il se rétablit avec difficulté en me jetant un regard de reproche et j'en profite pour lui commander un demi.
J'ai besoin de quelque chose de plus frais qu'un café pour calmer les envies de meurtres qui me flashent la cervelle.
A mes côtés viennent de prendre place trois individus représentatifs de la faune branchée qui sévit depuis peu dans le quartier. Conversation polluante mais il est trés difficile pour moi de l'ignorer. Je tente une fois de plus d'évacuer ma rage grandissante dans le formica de la table en me livrant à un agrippage en règle des rebords le seul résultat tangible que j'obtiens est un bref regard hautain.
En parcourant une nouvelle fois la salle des yeux, je note que le videur est occupé à rembarrer deux mecs à l'entrée. Je me demande brièvement pourquoi vu qu'ils sont mieux sapés que les trois branleurs d'à côté avant de noter leur teint franchement basané. Du tout clair : s'il les laisse entrer ça risque de créer une gêne dans la clientèle, pis ils ont l'air d'avoir bu de l'alcool. Alors hein : je veux pas d'arabes bien sapés et qui boivent de l'alcool en plus , quelle horreur, dans mon bar où se saoûlent régulièrement les représentants les plus ineptes et les plus superficiels des middle class parisiennes.
Bon, c'est pas tout ça mais je m'emmerde sec, et en plus je suis en train de me foutre en rogne.
Faudrait voir à pas s'éterniser ici, faudrait voir à faire son choix.
Parce qu'ici du choix il y en a, à la pelle, un vrai catalogue manufrance. Même les lumières, on a l'impression qu'elles ont été taillées pour. C'est comme qui dirait pour mettre la marchandise en valeur.
La plupart des tricards du quartier l'ont bien compris d'ailleurs. Eux qui se mettent juste à l'endroit où finit le zinc, avec les spots dans le dos pour pouvoir détailler peinard les croupes ondulantes qui se fraient un passage jusque dans l'arrière salle.
Et puis des fois, hein, on doit pouvoir voir en transparence lorsque la jupe de celle qui passe est légère. Je dis ça parce que même d'où je suis je peux. Je vois aussi les lueurs carnassières qui s'allument dans les yeux des rejetés. En plein milieux des tronches mal taillée on remarque que ça...Terrible, je serais une souris, j'hésiterai à passer devant cette haie de survivant de la baise, des fois qu'il y en ai un qui ne se contente pas seulement de zyeuter. Ok il y a le videur pour ces cas là, mais face à cinq où six affamés de la braguette, je me demande bien ce qu'il ferait. J'imagine bien la scène tient, un qui tente sa chance, qui palpe là où il faut pas, aussitôt la nana et son chevalier servant qui réagissent, la sauce monte un peu, juste suffisamment pour que le molosse à l'entrée s'intéresse à la chose, et là, juste au moment où il intervient, le reste des tricards se met à faire masse, ils se lèvent et submergent tout de leur envies sexuelles délirantes et trop longtemps frustrées. En un clin d'oeil le bar se transforme en un boxon monstrueux de bras et de jambes dénudés qui gesticulent, et des braillements aussi. En fin de compte les flics arrivent mais ils ne peuvent rien faire : vont pas tirer dans le tas non (vous imaginez les titres des journeaux aprés : "Une partouze publique stoppées au Police Python 357 ", pour le coup on dévoilerait vraiment la supercherie du flingue comme substitut phallique !), donc, on est obligé d'appeler les CRS.
Au final tout le monde se retrouve au poste et les branchés blazés du coin ont enfin quelque chose à raconter dans leurs magazines bidons.
" Un café à cette heure, qu'il m'a dit, vous allez pas dormir !"
L'était pas jouasse que je commande la moins chère des consos le loufiat, comme s'il touchait son pourcentage sur les commandes. Ou alors c'est qu'il est simplement grognon de taffer encore à une plombe du mat'.
Je balance la petite cuillère dans la tasse d'un geste dégagé, et puis je touille lentement en jetant un regard panoramique sur la salle envappé de smog cancérigêne.
On se croirait chez madame Claude si ce n'est les allez et retour de la faune locale vers le zinc et les baratinages pseudo-intellos.
Je triangule mon regard sur le zinc où s'accoudent toute sorte de corbeaux des comptoirs et je tente de faire le vide dans mon esprit en ne réussissant qu'à provoquer une exsudation gratinée sur mon front.
Le serveur repasse devant moi pour aller servir le couple du fond en affectant d'ignorer mes signes. Le début de migraine plus les provocations ça fait un peu trop, pépère. Je deviens légèrement hargneux.
Lorsque le plateau à patte passe à portée d'abordage je lui aggrippe le poignet, le déséquilibrant dangereusement. Il se rétablit avec difficulté en me jetant un regard de reproche et j'en profite pour lui commander un demi.
J'ai besoin de quelque chose de plus frais qu'un café pour calmer les envies de meurtres qui me flashent la cervelle.
A mes côtés viennent de prendre place trois individus représentatifs de la faune branchée qui sévit depuis peu dans le quartier. Conversation polluante mais il est trés difficile pour moi de l'ignorer. Je tente une fois de plus d'évacuer ma rage grandissante dans le formica de la table en me livrant à un agrippage en règle des rebords le seul résultat tangible que j'obtiens est un bref regard hautain.
En parcourant une nouvelle fois la salle des yeux, je note que le videur est occupé à rembarrer deux mecs à l'entrée. Je me demande brièvement pourquoi vu qu'ils sont mieux sapés que les trois branleurs d'à côté avant de noter leur teint franchement basané. Du tout clair : s'il les laisse entrer ça risque de créer une gêne dans la clientèle, pis ils ont l'air d'avoir bu de l'alcool. Alors hein : je veux pas d'arabes bien sapés et qui boivent de l'alcool en plus , quelle horreur, dans mon bar où se saoûlent régulièrement les représentants les plus ineptes et les plus superficiels des middle class parisiennes.
Bon, c'est pas tout ça mais je m'emmerde sec, et en plus je suis en train de me foutre en rogne.
Faudrait voir à pas s'éterniser ici, faudrait voir à faire son choix.
Parce qu'ici du choix il y en a, à la pelle, un vrai catalogue manufrance. Même les lumières, on a l'impression qu'elles ont été taillées pour. C'est comme qui dirait pour mettre la marchandise en valeur.
La plupart des tricards du quartier l'ont bien compris d'ailleurs. Eux qui se mettent juste à l'endroit où finit le zinc, avec les spots dans le dos pour pouvoir détailler peinard les croupes ondulantes qui se fraient un passage jusque dans l'arrière salle.
Et puis des fois, hein, on doit pouvoir voir en transparence lorsque la jupe de celle qui passe est légère. Je dis ça parce que même d'où je suis je peux. Je vois aussi les lueurs carnassières qui s'allument dans les yeux des rejetés. En plein milieux des tronches mal taillée on remarque que ça...Terrible, je serais une souris, j'hésiterai à passer devant cette haie de survivant de la baise, des fois qu'il y en ai un qui ne se contente pas seulement de zyeuter. Ok il y a le videur pour ces cas là, mais face à cinq où six affamés de la braguette, je me demande bien ce qu'il ferait. J'imagine bien la scène tient, un qui tente sa chance, qui palpe là où il faut pas, aussitôt la nana et son chevalier servant qui réagissent, la sauce monte un peu, juste suffisamment pour que le molosse à l'entrée s'intéresse à la chose, et là, juste au moment où il intervient, le reste des tricards se met à faire masse, ils se lèvent et submergent tout de leur envies sexuelles délirantes et trop longtemps frustrées. En un clin d'oeil le bar se transforme en un boxon monstrueux de bras et de jambes dénudés qui gesticulent, et des braillements aussi. En fin de compte les flics arrivent mais ils ne peuvent rien faire : vont pas tirer dans le tas non (vous imaginez les titres des journeaux aprés : "Une partouze publique stoppées au Police Python 357 ", pour le coup on dévoilerait vraiment la supercherie du flingue comme substitut phallique !), donc, on est obligé d'appeler les CRS.
Au final tout le monde se retrouve au poste et les branchés blazés du coin ont enfin quelque chose à raconter dans leurs magazines bidons.

