J'aime bien battre la mesure sur les portes de la rame, ça me rappelle l'époque du groupe (1), la douce époque où on répètait une à deux fois par semaine dans des studios jamais assez bien pour nous (2).
J'aime aussi me vautrer sur les straps, prendre mes aises, m'y laisser tomber aprés m'être longuement et grâcieusement déroulé le long de la barre métallique. Mais là il n'y a pas la place, alors je ramène mes pattes sous le siège, calmement.Y a même pas la place pour lire le journal. Alors j'allume le minidics (3), quand je sors de l'hosto il me faut un peu de distraction.
En face de moi, un moine.
Il ya trois ans, j'habitais à côté d'un couvent, pas trés loin du canal. De deux couvents en fait puisqu'il y avait également celui des Récollets (4). De temps en temps je croisais une bonne soeur, et malgré mon anticléricalisme de base (5), je souriais et m'abstenais de faire la fourche avec la main comme m'a appris mon père.
Il y a un an, je suis allé au mariage d'un ami d'enfance, en région Bordelaise. C'était l'été, on crevait de chaud, et à la sortie du train une des amies de mon pote est venue me chercher. C'était une bombe et elle était sympa comme tout mais c'est anecdotique (6). Trois heures plus tard sa voiture était pleine, on avait ramassé en route une copine de la femme de mon pote et un de ses vieux copains. Personne ne se connaissait, ou alors vaguement, ce qui a permis une discussion harmonieuse et plutot sympathique. Le vieux copain de la femme de mon pote portait des sandales en cuir d'un modèle un peu curieux, presque moyennâgeuses, un jean et une chemise hawaïenne. Il était trés ouvert d'esprit et plutot souriant. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait dans la vie, il m'a répondu qu'il était franciscain. Moine franciscain. J'ai hoqueté.
En regardant le moine assis sur le strapontin d'en face, dans ma rame qui bringuebale, je me remémore tout ça.
Rien à voir.
Le moine assis en face de moi porte une robe grise avec capuchon. Un chapelet énorme, en bois vernis, pend a sa ceinture. Il est jeune, porte des lunettes, a les cheveux blonds et légèrement en brosse et l'air super sévère. Il lit un bouquin que j'imagine être la Bible.
Ses mains, surtout, me fascinent. Il a de belles mains, faut dire. Trés maigres, les doigts trés longs, et s'enroulant autour, comme sculptées, les veines.
Je comate une bonne vingtaine de minute en écoutant le dernier P.J. (7).
Arrive ma station.
Je me lève, je sors.
Les moines et les bonnes soeurs (8), les couvent et les monastères me fascinent. L'idée de ne plus avoir de possession propre, évidemment, et comme tout un chacun, m'est un fantasme (9), même si je ne crois pas à cette liberté (10). Celle de sacrifier sa vie à sa foi m'est déja plus étrangère.
En voyant ce moine, j'ai eu le sentiment d'un anachronisme et un instant je me suis demandé si y avait pas réellement un truc, là haut. Sa foi me faisait douter.
Et puis je me suis souvenu :
"Et si vraiment Dieu existait
Comme le disait Bakounine
Ce camarade Vitamine
Il faudrait s'en débarrasser "(11)
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(1) Du deuxième groupe. J'ai monté deux groupes. Jamais deux cent trois. 203. Ca m'épuise d'avance.
(2) Larsen. Salle trop petites qui raisonnent trop. Salles hors de pris. A reserver deux mois a l'avance. Où la batterie est pourrie. Où le piano est désacordé. De toute façon on n'était jamais content.
(3) L'erreur est volontaire. En hommage a un artiste de la chanson française bien connu dont le nom commence par Re et finit par Naud, les afficionados comprendront.
(4) Quoi que le couvent des Récollets, même s'il est superbe, ne soit plus occupé depuis des tas d'années. En tout cas pas par des ecclesiastiques puisqu'il a servit de squatt d'artiste pendant quelques années.
(5) Sauf en ce qui concerne les prêtres ouvriers, évidemment.
(6) Anecdotique mais agréable.
(7)Uh Uh Her. Sur lequel je n'ai pour l'instant pas d'avis. Bon c'est forcément bien mais je le ne l'ai pas encore asse écouté pour savoir si c'est génial ou non. Quoi qu'il en soit je ne resiste pas au plaisir d'annoncer que je vais voir la diva en concert le 23 juin. Depuis 92 je n'aurais pas raté un seul de ses passages à Paris et n'en suis pas peu fier/
(8) Mais surtout les moines, quelle que soit leur religion d'ailleurs.
(9) Plus de possession, plus de chaines, toucher le fond, être libre. C'est pas Palahniuk ou Tyler Durden qui ont inventé ça.
(10) Nope. IL y a des choses auxquelles, à moins d'abandonner ce qui fait de vous un humain, on n'échappe pas.
(11) Léo Ferré : Le chien.

