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Martin Cognito et moi
--> enfin un titre prétentieux comme je les aime (1)

Suite à quelques questions que je lui posais (2), M'sieur Cognito à bien voulu prendre un peu de son temps pour me répondre. Je te livre donc ici sa réponse parce qu'elle le vaut bien :

 "Très chère (ou cher ?) Taupe,
 voici un début de diatribe tentant de répondre à vos questions. Bien
 évidemment que bon nombre d'oeuvres ferait d'exellentes bases pour des
 scénarii pornographiques. Miller, Calaferte, entre autre, quoique je
 pencherais plutôt pour Mallarmé et ses Chants ou Genet et son Miracle de la
 rose. Mais tout ceci n'est qu'une question de choix dont l'économie elle
 seule détient la clé. Sachez qu'un film pornographique, et je parle des
 miens qui sont dans les plus coûteux, revient à la ridicule somme de 600
 000.00 frs tout compris. Désolé d'aborder ce domaine pour le moins trivial
 mais il a son importance : 3 jours de tournage, pratiquement aucune
 répétition avec les comédiens, des moyens matériels (éclairage, machinerie,
 etc...) inexistants, et ainsi de suite...
 Alors dans le cas d'une adaptation, l'achat des droits, si l'oeuvre n'est
 pas dans le domaine public comme celles des auteurs ci-dessus. Sans
 compter l'obligation morale de ne pas dénaturer l'auteur. La difficulté
 d'une adaptation réside dans la carcan même dans lequel celle-ci nous
 enferme et dont il faut s'affranchir tout en ne le brisant pas
 complètement.
 Et cette épreuve de force serait couplée avec une deuxième contrainte,
 celle-ci de nature pécuniaire ? Belle utopie à mon avis.
 
Après ces trois films pornographique mon attitude a changé je dois-dire. Ce
 sont justement les contraintes qui font l'intérêt et la difficulté de faire
 du X. Ce cinéma est un cinéma de genre, au même titre que les centaines de
 films d'horreur qui sortent en vidéo chaque mois. Essayer de réaliser avec
 tous ces paramètres un film se rappochant le plus possible du
 cinématographe, tout en ne reniant pas la fonction première du genre : le
 sexe. Écrire un scénario qui se tient et dans lequel les scènes de sexe
 arrivent de la façon la plus logique qui soit, faire en sorte que l'unité
 de lieu, les décors, les costumes, les déplacements, la technique, tout ceci
 et bien d'autres choses soient condensés à l'extrême pour rentrer dans le
 budget alloué. Faire jouer le dialogue de ce scénario de façon la plus
 crédible par des acteurs rencontrés une semaine auparavant et dirigés sur
 le plateau le premier jour de tournage sans connaître ni avoir testé le
 potentiel. Je ne connais pas un acteur du cinéma traditionnel capable de
 déclamer sur un ton juste du Calaferte, du Mallarmé ou même le fameux "Con"
 de Miller, ce à la première prise. Et un prise c'est à cela que dans mes
 films je suis confronté. Sans filet donc, mais n'est-ce pas celà l'intérêt ?
 Il faut juger un film X comme tel, en connaissance de tout ces paramètres.
 Ne pas le comparer avec le cinéma traditionnel. Comme les oeuvres de Ed
 Wood, magnifiques à plus d'un titre, par leurs défauts, leurs
 approximations, leurs invraisemblances, leur particularité quoiqu'il en
 soit. Mes films n'ont pas la prétention de s'approcher du cinéma
 traditionnel, au grand jamais ! Ce serait prétentieux et de toute façon
 impossible. Par contre ils essayent de renouveler un genre qui tourne en
 rond, de proposer une autre forme de narration, et non de participer à la
 surenchère classique : plus de mecs, plus de foutre, triple-quadruple
 pénétration... J'espère ne pas m'être trompé
."
 (... le reste étant personnel je me permet de couper).

Et puis c'est sans rapport mais j'ai promis à ma copine Val de lui faire un peu de pub ici, alors donc voila.



(1) De fait, le truc prétentieux c'est le "et moi". Pas le Martin Cognito, n'allez pas le prendre mal, Martin.
(2) Pas besoin de les poster ici, tu les comprendras aisément en lisant le mail de Martin.

 

Ecrit par Taupe, le Mardi 9 Décembre 2003, 18:29 dans la rubrique Genèse.