Je suis sorti pas plus tard qu'avant hier soir, laminé d'une discussion à tendances polémiques (1) sur Houellebecq avec un mien ami et mon amoureuse. Je ne tiens pas spécifiquement à en reproduire la teneur ici, j'imagine que tu as tes propres discussions polémiques avec tes propres amis; je tenais plutôt à utiliser cette introduction comme alibi. Alibi parce que je suis sorti, donc, épuisé de cette discussion (2) et que c'est ainsi que je me suis senti la plupart des soirs de cette semaine. Et de celle d'avant aussi. Fatigué. Alors Pardon Martin, et pardon lecteur, mais tu vois, je n'ai pas encore trouvé le temps de regarder sereinement Axelle et Virginie, et surtout, d'en faire la critique promise. C'est l'enfer.(3)
Et en ce moment, comme de juste, mon ciboulot ressemble à une sorte de fromage blanc pas trés frais faut donc pas m'en demander beaucoup pour les baffouilles. Si ce n'est que -permettez mon coup de gueule du matin, faut bien que je m'indigne (4)- le gars Sarko qui, à en croire les sondages, serait désormais le plus populaire des français (5) en tout cas des français appartenant à la catégorie des hommes politiques, veut nous pondre une loi (6) qui grosso modo garantirait plus ou moins la perpetuité aux multirécidivistes. Quel que soit le délit. Ouaip Ouaip. Vive le tout répressif les gars, j'vous le dit. Tiens si j'ai des lecteurs qui trouvent ce genre de truc bien, ils peuvent venir se faire insulter gratuitement chez moi, ça me défoulera. Pas la peine d'argumenter hein les gars, les arguments des malades du sécuritaire je les connais tous.
Bon, et puis histoire de relever le niveau de ma lamentable baffouille du jour, je vais terminer sur un petit poème d' Aloysius Bertrand. Ca plaira aux dandys (7) qui pullulent ces derniers temps.
Donc, "Le raffiné" extrait de Gaspard de la nuit :
Mes crocs aiguisés en pointes ressemblent à la queue de la tarasque, mon linge est aussi blanc qu'une nappe de cabaret, et mon pourpoint n'est pas plus vieux que les tapisseries de la couronne.
» S'imaginerait-on jamais, à voir ma pimpante dégaine, que la faim, logée dans mon ventre, y tire, - la bourrèle ! - une corde qui m'étrangle comme un pendu !
» Ah ! si de cette fenêtre, où grésille une lumière, était seulement tombée dans la corne de mon feutre, une mauviette rôtie au lieu de cette fleur fanée !
» La place Royale est, ce soir, aux falots, claire comme une chapelle ! - « Gare la litière ! » - « Fraîche limonade ! - Macarons de Naples - Or çà, petit, que je goûte avec le doigt ta truite à la sauce ! Drôle ! il manque les épices dans ton poisson d'avril ! »
» N'est-ce pas la Marion De l'Orme au bras du duc de Longueville ? Trois bichons la suivent en jappant. Elle a de beaux diamants dans les yeux, la jeune courtisane ! - Il a de beaux rubis sur le nez, le vieux courtisan ! »
*
Et le raffiné se panadait, le poing sur sa hanche, coudoyant les promeneurs, et souriant aux promeneuses. Il n'avait pas de quoi dîner; il acheta un bouquet de violettes.
(1) Mais c'est égal : nous aimons polémiquer.
(2) C'est qu'il fallait argumenter avec ces deux bougres !
(3) Pire même. Peut-on ?
(4) Ca permet de rester jeune. Et surtout de pas être blasé.
(5) des français en France, je précise.
(6) Il parait maintenant que les gars qui l'interviewent sont sermonnés avant, pour éviter qu'ils usent de la dernière blague à la mode en s'adressant à lui : "Bonjour Monsieur le garde des sceaux..."(On peut remplacer par ministre de la justice c'est pareil, c'est aussi hilarant. Ou dramatique).
(7) Tiens quel pourrait être le féminin de dandy ? coquette ?
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