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Nenbuthal
--> commme ça.

C'est un peu tous les soirs la même merde. Je range mon libé, j'éteins soigneusement l'ordinateur, je traîne un poil dans le bureau pour faire quelques minutes supplémentaires, et puis je me décide à décarrer. J'enfile le blouson, je vais pisser un coup, et je m'arrache pour l'hosto.

J'ai bien trois quarts d'heure de trajet. Ca laisse le temps de se préparer. Trois quarts d'heure de Dee Dee Bridgewater dans les oreilles, et exclusivement sa version d'Autumn Leaves. Y a que ça qui arrive à me calmer. Quand il fait beau je mate les immeubles en remerciant quelques spirituelle déité que cette ligne là soit aérienne. Quand il fait moche j'essaye de lire n'importe quelle saloperie qui me tombe sous la main.

Arrivé devant l'hosto j'inspire un grand coup. Une fois j'ai fumé un joint avant de rentrer mais ça m'a rendu tellement parano que désormais je ne me défonce qu'en sortant. Je marche sans me presser sur le trottoir le long des quatres putains d'avenues de cette ville dans la ville. De temps à autre je croise un patient, ou un toubib, ou une infirmière en civil qui s'en va tôt pour pouvoir faire ses courses. Hier soir une jeune fille dans un fauteuil roulant qui m'a fait un sourire à tomber par terre. Parole.
Dans ma tête je réfléchis. Des idées qui se telescopent dans tous les sens et qui commencent toutes par "Et si ?..." et qui se terminent toutes mal.
Ensuite j'égrennes les souvenirs qui font mal, je peux pas m'en empécher c'est un peu comme de de gratter des croûtes qui ont mis des heures a se former et qui vont donc fatalement, en s'arrachant, faire gicler le sang encore pour de longues minutes. Quand j'ai fini avec les souvenirs, j'attaque les angoisses. Quand j'ai fini avec les angoisses, je suis en bas du pavillon de pneumologie.

Partout des panneaux qui disent qu'ici on ne fume pas. Et au pied de ces panneaux, toujours un fumeur, ou une fumeuse, branché à son goutte à goutte et l'air morne.

Je monte les escaliers quatre à quatre. J'enfile les couloirs sans trop regarder dans les chambres dont les portes sont ouvertes, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, un réflexe con parce que quand je regarde il n'y a jamais rien de bien flippant. Une famille en visite et plutôt gaie dans le meilleur des cas, un patient en train de dormir dans le pire.

Ensuite j'arrive a sa chambre et au moment de pousser la porte je me souviens : il est guéri depuis longtemps.

Ce que l'habitude tiens dans ses mains, elle le broie.

Ecrit par Taupe, le Mercredi 12 Mai 2004, 18:27 dans la rubrique Genèse.