John B. Root, érotomane et pornographe bien connu (1) et également propriétaire d' Inkorrect, traitait il y a peu d'Andrew Blake et du porno chic. Il disait en substance que le porno chic c'est pas sa tasse de thé, qu'Andrew Blake est irréprochable sans doute techniquement mais que bon, tout ça manquait un peu de réel (2).
Bref.
Il se trouve qu'en lisant cela, je me met incidemment à repenser à la bafouille que j'avais pondu à la mort de Leni Riefenstahl. Parce qu'Andrew Blake et le porno chic c'est un peu ça. C'est un peu l'éradication de toute déviance par rapport à des canons esthétiques (3) on ne peut plus conventionnels. Les filles d'Andrew Blake sont toutes parfaitement lissées, épilées, intégralement bronzée ou pâle, maquillées et sans aucune imperfection. Les décors sont plus ou moins design, on y sent la même propreté chirurgicale. Pour tout dire on dirait que tout cela a été sterilisé intégralement par une sorte de chirurgien fou.
Non seulement on n'y sent plus grand chose d'humain, mais en plus on se sent finalement vaguement coupable de ne pas être aussi parfait.
A la fin de la bafouille Riefenstahl j'évoquais brièvement un texte de mon articlothèque personnelle, tiré si je ne m'abuse du défunt "D magazine" mais que je n'ai pas été foutu de retrouver (4). L'article avait été écrit peu aprés la mort de Lolo Ferrari (5), et l'auteure présentait ladite Lolo comme une victime de ces diktats (6) de la beauté. Lolo Ferrari, victime de son propre corps, donc. Victime de son besoin qu'on la désire, un peu comme tout le monde ?
Je m'englue, comme d'hab'. Mais j'y peux rien, l'uniformisation de ces critères de beauté, qui devient peu à peu un mode un peu plus facile de créer des déviants parce que trop gros, pas assez d'cheveux, trop maigres, le nez trop long, les oreilles trops décollées, trop de poils, trop vieux, la peau pas assez lisse et ceci et cela, ça me gave.
Ca me rend agressif et ça me donne envie d'avoir la gueule d'elephant man pour une seconde, juste une, ricaner sardoniquement à la gueule du petit malin qui vient d'en balancer une bien bonne sur la grosse d'en face.
Faut qu'j'te laisse c'est l'heure de mes calmants. Mais c'est pas mal d'y réfléchir, justement : jusqu'à quel point tu désires te distinguer des autres par ton apparence. Jusqu'où il peut aller ton individualisme de façade ? Elle est large comment ton ouverture d'esprit ?
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(*) Jad Wio in Contact.
(1) Il est déja passé au moins une fois dans les portrait Libération en quatrième de couv', si c'est pas la classe ça...Vendredi c'était Julia Roberts alors hein.
(2) En fait je sais pas pourquoi je me casse à paraphraser, John B. Root, il disait ça d'Andrew Blake : "(...)Andrew Blake, tout le monde connaît pas. C’est un réalisateur américain qui fait des films très « chics », avec des filles somptueuses dans des maisons de rêve, maquillages et costumes soignés, mise en scène chichiteuse (courtes focales, travellings, ralentis, effets de couleur) sur des musiques de jazz cool ou d’easy leastening genre clips de mode. Souvent fétichiste (suçage de talons aiguilles, cuir et fouets… ), toujours très lent. J’en pense quoi ? Sexuellement c’est pas ma tasse de thé. Je suis incapable de me masturber devant un Andrew Blake. Trop artificiel, trop distancié, aucune spontanéité, aucun plaisir réel. C’est un monde d’apparences pour moi soporifique. Même le catalogue de la Redoute est plus chaleureux. Mais ma sexualité, on s’en fout. Andrew Blake est un très bon technicien, il respecte ses acteurs, ses actrices et son public. Il y en a qui adorent et c’est bien normal. (...)"
(3) Principalement physiques mais c'ets évidemment ici que la bât blesse.
(4) Ni le magazine, ni l'article. Faut dire que je ne garde pas les magazines à l'exception de ma collec' de "L'autre journal", évidemment.
(5) Lolo Ferrari, pour ceux qui ne connaissent pas, fut une sorte de chant burlesque et tragique, sur le thème du "Je me déteste mais la chirurgie plastique me fera m'aimer". Ou plutôt me fera aimer des autres. Burlesque, exagéré, des seins siliconés jusqu'à faire la taille de ballons de baskets, des lèvres colllagênées à outrance, les visage complètement resculpté .
(6) Je laisse volontairement au pluriel, parce que bon, aprés tout il y a plusieurs canons officiels, ce qu'il y a c'est qu'ils ne diffèrent pas trop.
Commentaires :


Hum!
Où étais-je ce 9 septembre, dans mes rêves?????
Tiens, je vais ouvrir une bouteille de Gigondas pour fêter l'évènement.